Club du mardi 25 septembre 2018 de 18h30 à 20h30

"Vieux et précaire, tu parles d'un tableau !"

 

Les oubliés des politiques gérontologiques

 

Il existe dans le champ social des « zones blanches » qui échappent aux politiques publiques : des oubliés de la solidarité nationale. C’est le cas des « personnes en situation de grande précarité » qui vieillissent. Elles rejoignent des publics spécifiques dont les problématiques liées à leur vieillissement ne trouvaient pas ou ne trouvent toujours pas, de réponses adaptées dans les services et établissements existants : les personnes handicapées vieillissantes, les immigrés vieillissants…

 

Ces publics tout au long de leur vie ont vécu en marge, souvent victimes de discriminations pour des raisons différentes et ne sont pas « intégrables » dans les établissements traditionnels de type EHPA ou EHPAD.

 

A titre d’exemple les personnes en situation de handicap (déficience intellectuelle) qui ont vécu la plupart du temps en institution, accompagnées par du personnel éducatif, sont mal acceptées dans les EHPAD d’une part parce qu’elles demandent un accompagnement particulier et parce qu’elles sont souvent plus jeunes. Un film de la Fondation de France, « Cheveux blancs, cheveux gris » avait finement illustré il y a quelques années, les difficultés (mais aussi les aspects positifs) à faire co-habiter des publics différents.

 

Ces « personnes en situation de grande précarité » sont des hommes et des femmes qui ont eu des parcours de vie chaotiques, appartenant à la « génération RMI », ayant fréquenté des établissements d’hébergement (Accueil d’urgence, hébergement temporaire, CHRS, pension de famille), aux faibles ressources, cumulant des problèmes de santé, quelquefois présentant des problèmes de comportement et des conduites addictives. Ces personnes ne sont pas les bienvenues dans les structures traditionnelles.

 

Comme pour les personnes en situation de handicap, leur intégration dans les établissements de droit commun pose problème parce qu’ils sont souvent plus jeunes et nécessitent un accompagnement personnalisé peu compatible avec les moyens octroyés dans les établissements du secteur personnes âgées.

Les équipes éducatives qui aident au quotidien et dans la durée, ces cabossés de la vie sont très démunies et doivent se transformer en auxiliaires de vie, faire face à leurs problèmes de santé et leur perte d’autonomie et dans certains cas de plus en plus fréquents les accompagner dans leur fin de vie.

 

Alors que faire : des pensions de famille avec du personnel médical ? Des unités spécifiques au sein d’EHPAD avec du personnel éducatif ? Des EHPAD spécialisés ?

 

Il y a lieu de réfléchir, comme cela a été fait pour les personnes en situation de handicap (problématiques souvent prises en compte dans les schémas départementaux depuis quelques années) sur la prise en compte de ce public spécifique qui, étant donné l’évolution démographique, représente des cohortes non négligeables.

 

Le 31 Juillet 2018

 

Claude FAGES

Association Isère gérontologie

Ancien directeur d’établissement pour personnes handicapées (Le Planeau : Association Ste Agnès)

Ancien responsable du secteur accueil hébergement au CCAS de Grenoble